18/08: 3ème session d'ayahuasca
Je suis arrivé à 20h au centre, dans mon habit blanc, préparé par une petite sieste et ma diète du midi. J'attendais cette session avec impatience pour voir Jacques à l'oeuvre, mais il se trouve que ce soir là, il n'était pas disponible. Fabienne m'a cherché l'après-midi, mais je n'étais pas là. Je bossais mes entrevues à l'hôtel. Elle m'a donc laissé le choix entre rentrer à l'hôtel ou participer quand même à la session. Après ces préparatifs, je ne me sentais pas d'annuler. Je suis donc resté au centre. Cela ne m'empêchera pas de participer à une session animée par Jacques la semaine prochaine.
En ce qui concerne la session....J'ai demandé à Jaime si il était possible de prendre un peu plus d'ayahuasca pour la première prise, pour que la plante m'enveloppe un peu plus vite et surtout un peu plus fort. Il m'a dit que c'était d'accord. Satisfait, je vais prendre mon petit bain de plantes et vais m'asseoir dans la maloca avec les autres.
La cérémonie commence. Chacun va prendre sa petite tasse d'ayahuasca. J'ai bien vu que la dose était plus importante que les fois dernières. D'ailleurs, le breuvage aussi était différent. En tout cas, mon but, dans cette session était de sentir la plante, de me laisser envahir par elle. Ben.....ça a plutôt bien marché, j'ai dégusté comme jamais j'avais dégusté avant....mais grave...! J'explique:
La première dose s'est fait sentir moyennement vite. J'apprenais simplement à laisser mon mental de côté pour ne pas freiner les visions éventuelles et les enseignements de la plante. Je dois dire que ça a plutôt bien marché. Je me sentais bien parti du moins. Jusqu'au moment où Jaime ou Sacha (me souviens plus), demande qui veut prendre une autre dose de médecine. J'ai hésité un petit peu car du coup ça m'a fait faire un petit bilan sur mon état. J'étais mareado, mais pas totalement. Je me suis donc levé pour m'asseoir en file indienne avec le peu de personnes qui en ont repris. C'est là que je me suis senti quand même un peu plus ivre que prévu. Aller m'asseoir au milieu m'a demandé un petit effort que je n'avais pas fourni dans les sessions précédentes. Enfin bon, j'y étais, je suis allé jusqu'au bout....erreur...! J'ai pris mon verre et suis retourné m'asseoir. Là, les choses commençaient à s'affoler dans mon corps et dans ma tête. Tout allait très vite, tout devenait bizarre, étrange. Je me sentais peu à peu de plus en plus dépassé. J'avais du mal à suivre. Je me suis concentré sur les icaros pour tenter de me laisser porter, de suivre un chemin plus paisible...ben j'ai vite lâché l'affaire car c'était impossible pour moi. Et là, je commençais à avoir du mal à respirer. Je reprenais donc des grandes bouffées d'air, me redressais en tailleur et touchais mon visage, mes pieds, mes genoux. Je sentais ensuite de l'eau sortir de mon nez et de ma bouche, comme si je me liquéfiais. Je passais les mains dans mes cheveux, ce n'était plus des cheveux, mais plutôt des fils souples comme il y a sur certaines plantes. Mes mains devenaient mouillées et collantes...lorsque je les joignais, ça paraissait collant, un peu comme les pattes d'un insecte ou d'une araignée (en gros, ce qui permet à spiderman de monter sur les parois verticales). Je fondais peu à peu et me joignais à la forêt. Je la voyais d'u n angle de vue animal, mais pas comme un lion ou un félin, mais plutôt comme un amphibien, une grenouille. Alors je ne me suis pas pris pour une grenouille, mais j'avais un peu les mêmes caractéristiques par moments, et je la voyais dans la forêt, regarder le monde avec ironie dans une totale passivité, paisible. Jusqu'ici, tout va bien. Ensuite, je me fonds avec les plantes...je me vois un peu comme une fougère qui fait sa place dans la forêt. J'avais le sourire coincé et sincère, comme un homme ivre. Et là, le décor s'assombrit quelque peu. Je me retrouve dans la vase, ou devrais-je dire dans la merde... De manière réflexe, je tente donc de visualiser une liane pour me hisser vers le haut. Je n'en vois pas et la seula que je vois, je vois la tête de Jesus dans un coin de la liane, me regarder d'un air qui m'a fait comprendre qu'il ne m'aiderait pas. Je suis donc resté dans la merde! Ensuite, j'ai voulu récupérer mon corps, mais en tentant de prendre consc ience de mon corps, je me suis senti incontinent...Je dégoulinais...mais ce n'était pas de l'eau, c'était plutôt de la vase...ou de la merde (je garde ce mot volontairement, car je me sentais vraiment dans la merde, et c'est comme ça que je l'ai vécu). Ainsi, en touchant mon corps, j'ai même eu un doute...je ne savais pas si je m'étais fait dessus (je rassure la galerie, ce n'était pas le cas hein). Tout ceci ne m'a pas empêché de garder ce sourire tendu et sincère. Bon je reconnais que lorsque j'ai cru me faire dessus, je me suis un peu affolé et je l'ai perdu le temps de m'apercevoir que ce n'était pas le cas... Je me suis donc moqué de moi-même. Je me fondais avec ce décor de vase, de merde, de noir, de mort... A un moment donné, j'ai même pensé à me laisser mourir, à ne plus lutter, car à force de chercher la lumière et de ne pas la retrouver, ben ça fait flipper hein... L'ivresse était si forte que je ne pouvais pas bouger autre chose que mes m ains pour me toucher, pour garder mon corps, et me mettre en tailleur pour me ressaisir quand c'était trop fort. Je reprenais mon souffle à coup de grandes bouffées d'air, tellement j'étais débordé par tout ça. Tout allait très vite, me trimballait dans tous les sens. L'ayahuasca m'a mis carpette. Elle m'a quand même glissé que si vraiment je ne pouvais plus supporter, je pouvais vomir, que ça ferait redescendre l'ivresse. Je me suis donc concentré pour tenter de vomir, mais rien. J'ai juste rôté. Par contre, le bas-ventre faisait un de ces bordels! La plante est allée partout où elle pouvait se glisser. La moindre partie de mes organes a été visitée. A un moment donné, lorsque j'étais en forêt, j'ai même assisté à la mort d'une feuille. Elle était là, sans vie, mais vivante quand même....bizarre me direz vous...mais l'ayant vécu, je me comprends. Elle n'était juste plus animée, mais avait conservé sa force vitale. J'hésitais à aller aux toi lettes, mais c'était impossible tellement l'ivresse m'avait paralysé. Je voyais tout le monde dans la même galère, les chamans y compris. Je me suis dit, cette médecine est très très forte...tout le monde ne contrôle pas son voyage...J'entendais Jaime vomir, les patients aussi. J'entendais gémir, tout comme moi quand je reprenais mon souffle. Je sais que des patients étaient mêmes allongés par terre, vivant leurs propres scènes. Un gars qui était assis à côté de moi a même appelé à l'aide d'un air discret, pas affolé, mais nécessitant une aide chamanique. Jaime est donc venu lui faire des sopladas, et le jeune s'est ensuite redressé. Ah oui, j'ai oublié de dire aussi qu'il y avait un prêtre ce soir là avec nous. Il est habitué à faire des sessions régulièrement avec les patients de Takiwasi. C'est un vieux monsieur qui a vraiment l'air très gentil et très attentif. Je sentais toujours mes mains collantes et gluantes, mes cheveux comme des fils de plantes qui bougent lorsqu'on les touche. Bref, l'ivresse était loin de passer...Je voyais tout le monde dans une ivresse très puissante, incontrôlable comme la mienne. Le problème, c'est que j'imaginais la même chose pour les chamans. Je commençais donc un peu à m'affoler, croyant qu'ils ne pourraient pas me ramener de ce voyage presque cauchemardesque par moments. Je me voyais perdu dans les bas-fonds... Ensuite, j'ai eu une image qui m'a donné envie de la peindre tout de suite... le bas du tableau était noir, visqueux, vaseux, par dessus, il y avait une forêt mystérieusement puissante, et sur cette forêt passait un chemin sous forme de portée de musique représentant les icaros. Je me suis donc vu sauter dessus, me disant qu'ils me ramèneraient à bon port. Pas de ciel dans cette peinture, tout comme mon voyage ce soir là. Pas de lumière, que les tréfonds... pas de bleu ni de jaune solaire, que du noir et le vert de la forêt. Là, j'entends Jaime qui dit que nous allons terminer la session...autant dire que j'ai commencé à m'affoler un peu de l'intérieur, parce que je ne pouvais même pas ouvrir les yeux ni bouger un orteil. J'étais encore dépassé par mes visions et le sentiment d'être loin, très loin. Je me voyais encore une fois rester là dedans, et me faire soigner d'urgence à l'ouverture de la lumière quand ils s'apercevraient que je suis encore en voyage. Ce ne fût pas le cas, bien heureusement, ce qui ne m'a pas empêché de rester ivre une partie de la nuit. En tout cas, je ne comprends pas pourquoi, mais j'ai gardé le sourire pratiquement tout le long (sauf aux moments critiques...!). Ce sourire coincé et grand, me permettait de regarder la vie ainsi que moi-même avec ironie. La plante m'a quand même dit qu'on ne pouvait pas rire de tout. J'ai appris également que j'avais encore des blessures attachées au coeur. J'ai ensuite visualisé un point précis dans mon cerveau, qui m'a permis de refair e connexion avec tout le reste du corps. Un canal nerveux s'est alors créé, partant de ce point vital et reliant toutes les autres parties de mon corps. Enfin, j'ai pris conscience d'une très grande force vitale, qui peut encaisser énormément. Ceci dit, cette force vitale n'est pas éternelle, il faut que je la ménage aussi. On a beau avoir une grand capacité d'encaissement, on ne peut tout prendre sur soi, il faut en lâcher, en sortir un peu, de quelque manière que ce soit. Encore une fois, je n'ai pas vomi dans cette session. Je suis reparti de la maloca encore ivre. J'ai fumé un grand mapacho sur le retour, en parlant un peu avec les personnes qui prenaient le même chemin. Je confirme, j'ai dégusté sévère...je ne comprenais rien. J'étais encore submergé par toutes ces images, toues ces informations qui m'ont traversé. Je ne suis pas capable de traduire tout ça pour le moment. La synthèse va me prendre quelques jours je pense. En tout cas, c'est l'expérience la plus violente et à la fois la plus riche que j'ai vécu. Je me suis perçu comme un être lumineux, un être bon. Et je me suis souvent répété pendant la session que j'étais super bien là où j'était (dans la vie quotidienne, pas dans les bas fonds!). Je suis rentré à l'hôtel, je me suis assis 2 minutes et j'ai foncé aux toilettes... Oui, je n'ai pas vomi, mais je vous avais dit que j'en avais chié! J'ai donc évacué tous les démons qui étaient encore en moi. Je me suis nettoyé symboliquement à plusieurs reprises. J'avais besoin de vider toutes ces merdes qui étaient encore en moi. Je me suis ensuite mis au lit et j'ai laissé libre court aux restes d'ivresse. Là, j'ai visualisé mon grand frère. Je lui ai fait un soin en lui préparant une cérémonie spéciale. Je n'avais pas la prétention d'être un guérisseur, mais il y avait la volonté de faire en sorte qu'il se sente heureux. C'est comme si j'avais compris un mécanisme le concernant... Ensuite, je demandais à Jacques de me faire un soin pour que ça s'arrête. Il n'était pas là, puisqu'il est en déplacement pendant 2 jours. Je me suis donc vu demander à sa femme qui a aussi une formation chamanique. Je lui demandais son aide en lui disant: "Rosa, j'ai besoin de la femme chamane qui est en toi, pour que tu puisses me faire non seulement des soins pour revenir et enlever mes peurs, mais aussi en me donnant toute la chaleur d'une mère, cete chaleur rassurante qui permettrait à quiconque de faire face aux pires situations. C'était encore dur pour moi pendant un bon moment...puis je me suis tranquillement endormi.
Le lendemain, je me suis levé avec la peur de ne pas retrouver ce que j'avais laissé dehors, le ciel bleu, les oiseaux, la vie chaleureuse. Je suis donc resté au lit un moment, le temps de me remettre un peu, puis j'ai pris le risque de sortir sur la terasse pour vérifier. Tout était intact! Ce soulagement fût dine d'une montée d'Everest...mais du coup, ça m'a refatigué illico. Je me suis donc posé dans un hamac, sur la terasse, le temps d'assimiler tout ça et de me sentir assez d'attaque pour aller mon premier repas depuis hier matin.
Je dois sûrement oublier des chose, mais le plus important y est. Ca m'a fait du bien d'écrire tout ça. Ca me permet de me relâcher, de me permettre d'y penser un moins, et surtout de passer à autre chose. Je suis fier de cette expérience, elle m'a fait affronter des peurs que je ne soupçonnais pas. Même si nous sommes forts, nous sommes loin d'être invincibles, et tout ceci remet un brin d'humilité dans mon coeur. Coeur qui s'est laissé soigné par l'ayahuasca. La plante a travaillé sur mes 2 chakras, le 3ème et le 4ème. (je vous invite à vous renseigner pour ceux que ça interesse).
En ce qui concerne la session....J'ai demandé à Jaime si il était possible de prendre un peu plus d'ayahuasca pour la première prise, pour que la plante m'enveloppe un peu plus vite et surtout un peu plus fort. Il m'a dit que c'était d'accord. Satisfait, je vais prendre mon petit bain de plantes et vais m'asseoir dans la maloca avec les autres.
La cérémonie commence. Chacun va prendre sa petite tasse d'ayahuasca. J'ai bien vu que la dose était plus importante que les fois dernières. D'ailleurs, le breuvage aussi était différent. En tout cas, mon but, dans cette session était de sentir la plante, de me laisser envahir par elle. Ben.....ça a plutôt bien marché, j'ai dégusté comme jamais j'avais dégusté avant....mais grave...! J'explique:
La première dose s'est fait sentir moyennement vite. J'apprenais simplement à laisser mon mental de côté pour ne pas freiner les visions éventuelles et les enseignements de la plante. Je dois dire que ça a plutôt bien marché. Je me sentais bien parti du moins. Jusqu'au moment où Jaime ou Sacha (me souviens plus), demande qui veut prendre une autre dose de médecine. J'ai hésité un petit peu car du coup ça m'a fait faire un petit bilan sur mon état. J'étais mareado, mais pas totalement. Je me suis donc levé pour m'asseoir en file indienne avec le peu de personnes qui en ont repris. C'est là que je me suis senti quand même un peu plus ivre que prévu. Aller m'asseoir au milieu m'a demandé un petit effort que je n'avais pas fourni dans les sessions précédentes. Enfin bon, j'y étais, je suis allé jusqu'au bout....erreur...! J'ai pris mon verre et suis retourné m'asseoir. Là, les choses commençaient à s'affoler dans mon corps et dans ma tête. Tout allait très vite, tout devenait bizarre, étrange. Je me sentais peu à peu de plus en plus dépassé. J'avais du mal à suivre. Je me suis concentré sur les icaros pour tenter de me laisser porter, de suivre un chemin plus paisible...ben j'ai vite lâché l'affaire car c'était impossible pour moi. Et là, je commençais à avoir du mal à respirer. Je reprenais donc des grandes bouffées d'air, me redressais en tailleur et touchais mon visage, mes pieds, mes genoux. Je sentais ensuite de l'eau sortir de mon nez et de ma bouche, comme si je me liquéfiais. Je passais les mains dans mes cheveux, ce n'était plus des cheveux, mais plutôt des fils souples comme il y a sur certaines plantes. Mes mains devenaient mouillées et collantes...lorsque je les joignais, ça paraissait collant, un peu comme les pattes d'un insecte ou d'une araignée (en gros, ce qui permet à spiderman de monter sur les parois verticales). Je fondais peu à peu et me joignais à la forêt. Je la voyais d'u n angle de vue animal, mais pas comme un lion ou un félin, mais plutôt comme un amphibien, une grenouille. Alors je ne me suis pas pris pour une grenouille, mais j'avais un peu les mêmes caractéristiques par moments, et je la voyais dans la forêt, regarder le monde avec ironie dans une totale passivité, paisible. Jusqu'ici, tout va bien. Ensuite, je me fonds avec les plantes...je me vois un peu comme une fougère qui fait sa place dans la forêt. J'avais le sourire coincé et sincère, comme un homme ivre. Et là, le décor s'assombrit quelque peu. Je me retrouve dans la vase, ou devrais-je dire dans la merde... De manière réflexe, je tente donc de visualiser une liane pour me hisser vers le haut. Je n'en vois pas et la seula que je vois, je vois la tête de Jesus dans un coin de la liane, me regarder d'un air qui m'a fait comprendre qu'il ne m'aiderait pas. Je suis donc resté dans la merde! Ensuite, j'ai voulu récupérer mon corps, mais en tentant de prendre consc ience de mon corps, je me suis senti incontinent...Je dégoulinais...mais ce n'était pas de l'eau, c'était plutôt de la vase...ou de la merde (je garde ce mot volontairement, car je me sentais vraiment dans la merde, et c'est comme ça que je l'ai vécu). Ainsi, en touchant mon corps, j'ai même eu un doute...je ne savais pas si je m'étais fait dessus (je rassure la galerie, ce n'était pas le cas hein). Tout ceci ne m'a pas empêché de garder ce sourire tendu et sincère. Bon je reconnais que lorsque j'ai cru me faire dessus, je me suis un peu affolé et je l'ai perdu le temps de m'apercevoir que ce n'était pas le cas... Je me suis donc moqué de moi-même. Je me fondais avec ce décor de vase, de merde, de noir, de mort... A un moment donné, j'ai même pensé à me laisser mourir, à ne plus lutter, car à force de chercher la lumière et de ne pas la retrouver, ben ça fait flipper hein... L'ivresse était si forte que je ne pouvais pas bouger autre chose que mes m ains pour me toucher, pour garder mon corps, et me mettre en tailleur pour me ressaisir quand c'était trop fort. Je reprenais mon souffle à coup de grandes bouffées d'air, tellement j'étais débordé par tout ça. Tout allait très vite, me trimballait dans tous les sens. L'ayahuasca m'a mis carpette. Elle m'a quand même glissé que si vraiment je ne pouvais plus supporter, je pouvais vomir, que ça ferait redescendre l'ivresse. Je me suis donc concentré pour tenter de vomir, mais rien. J'ai juste rôté. Par contre, le bas-ventre faisait un de ces bordels! La plante est allée partout où elle pouvait se glisser. La moindre partie de mes organes a été visitée. A un moment donné, lorsque j'étais en forêt, j'ai même assisté à la mort d'une feuille. Elle était là, sans vie, mais vivante quand même....bizarre me direz vous...mais l'ayant vécu, je me comprends. Elle n'était juste plus animée, mais avait conservé sa force vitale. J'hésitais à aller aux toi lettes, mais c'était impossible tellement l'ivresse m'avait paralysé. Je voyais tout le monde dans la même galère, les chamans y compris. Je me suis dit, cette médecine est très très forte...tout le monde ne contrôle pas son voyage...J'entendais Jaime vomir, les patients aussi. J'entendais gémir, tout comme moi quand je reprenais mon souffle. Je sais que des patients étaient mêmes allongés par terre, vivant leurs propres scènes. Un gars qui était assis à côté de moi a même appelé à l'aide d'un air discret, pas affolé, mais nécessitant une aide chamanique. Jaime est donc venu lui faire des sopladas, et le jeune s'est ensuite redressé. Ah oui, j'ai oublié de dire aussi qu'il y avait un prêtre ce soir là avec nous. Il est habitué à faire des sessions régulièrement avec les patients de Takiwasi. C'est un vieux monsieur qui a vraiment l'air très gentil et très attentif. Je sentais toujours mes mains collantes et gluantes, mes cheveux comme des fils de plantes qui bougent lorsqu'on les touche. Bref, l'ivresse était loin de passer...Je voyais tout le monde dans une ivresse très puissante, incontrôlable comme la mienne. Le problème, c'est que j'imaginais la même chose pour les chamans. Je commençais donc un peu à m'affoler, croyant qu'ils ne pourraient pas me ramener de ce voyage presque cauchemardesque par moments. Je me voyais perdu dans les bas-fonds... Ensuite, j'ai eu une image qui m'a donné envie de la peindre tout de suite... le bas du tableau était noir, visqueux, vaseux, par dessus, il y avait une forêt mystérieusement puissante, et sur cette forêt passait un chemin sous forme de portée de musique représentant les icaros. Je me suis donc vu sauter dessus, me disant qu'ils me ramèneraient à bon port. Pas de ciel dans cette peinture, tout comme mon voyage ce soir là. Pas de lumière, que les tréfonds... pas de bleu ni de jaune solaire, que du noir et le vert de la forêt. Là, j'entends Jaime qui dit que nous allons terminer la session...autant dire que j'ai commencé à m'affoler un peu de l'intérieur, parce que je ne pouvais même pas ouvrir les yeux ni bouger un orteil. J'étais encore dépassé par mes visions et le sentiment d'être loin, très loin. Je me voyais encore une fois rester là dedans, et me faire soigner d'urgence à l'ouverture de la lumière quand ils s'apercevraient que je suis encore en voyage. Ce ne fût pas le cas, bien heureusement, ce qui ne m'a pas empêché de rester ivre une partie de la nuit. En tout cas, je ne comprends pas pourquoi, mais j'ai gardé le sourire pratiquement tout le long (sauf aux moments critiques...!). Ce sourire coincé et grand, me permettait de regarder la vie ainsi que moi-même avec ironie. La plante m'a quand même dit qu'on ne pouvait pas rire de tout. J'ai appris également que j'avais encore des blessures attachées au coeur. J'ai ensuite visualisé un point précis dans mon cerveau, qui m'a permis de refair e connexion avec tout le reste du corps. Un canal nerveux s'est alors créé, partant de ce point vital et reliant toutes les autres parties de mon corps. Enfin, j'ai pris conscience d'une très grande force vitale, qui peut encaisser énormément. Ceci dit, cette force vitale n'est pas éternelle, il faut que je la ménage aussi. On a beau avoir une grand capacité d'encaissement, on ne peut tout prendre sur soi, il faut en lâcher, en sortir un peu, de quelque manière que ce soit. Encore une fois, je n'ai pas vomi dans cette session. Je suis reparti de la maloca encore ivre. J'ai fumé un grand mapacho sur le retour, en parlant un peu avec les personnes qui prenaient le même chemin. Je confirme, j'ai dégusté sévère...je ne comprenais rien. J'étais encore submergé par toutes ces images, toues ces informations qui m'ont traversé. Je ne suis pas capable de traduire tout ça pour le moment. La synthèse va me prendre quelques jours je pense. En tout cas, c'est l'expérience la plus violente et à la fois la plus riche que j'ai vécu. Je me suis perçu comme un être lumineux, un être bon. Et je me suis souvent répété pendant la session que j'étais super bien là où j'était (dans la vie quotidienne, pas dans les bas fonds!). Je suis rentré à l'hôtel, je me suis assis 2 minutes et j'ai foncé aux toilettes... Oui, je n'ai pas vomi, mais je vous avais dit que j'en avais chié! J'ai donc évacué tous les démons qui étaient encore en moi. Je me suis nettoyé symboliquement à plusieurs reprises. J'avais besoin de vider toutes ces merdes qui étaient encore en moi. Je me suis ensuite mis au lit et j'ai laissé libre court aux restes d'ivresse. Là, j'ai visualisé mon grand frère. Je lui ai fait un soin en lui préparant une cérémonie spéciale. Je n'avais pas la prétention d'être un guérisseur, mais il y avait la volonté de faire en sorte qu'il se sente heureux. C'est comme si j'avais compris un mécanisme le concernant... Ensuite, je demandais à Jacques de me faire un soin pour que ça s'arrête. Il n'était pas là, puisqu'il est en déplacement pendant 2 jours. Je me suis donc vu demander à sa femme qui a aussi une formation chamanique. Je lui demandais son aide en lui disant: "Rosa, j'ai besoin de la femme chamane qui est en toi, pour que tu puisses me faire non seulement des soins pour revenir et enlever mes peurs, mais aussi en me donnant toute la chaleur d'une mère, cete chaleur rassurante qui permettrait à quiconque de faire face aux pires situations. C'était encore dur pour moi pendant un bon moment...puis je me suis tranquillement endormi.
Le lendemain, je me suis levé avec la peur de ne pas retrouver ce que j'avais laissé dehors, le ciel bleu, les oiseaux, la vie chaleureuse. Je suis donc resté au lit un moment, le temps de me remettre un peu, puis j'ai pris le risque de sortir sur la terasse pour vérifier. Tout était intact! Ce soulagement fût dine d'une montée d'Everest...mais du coup, ça m'a refatigué illico. Je me suis donc posé dans un hamac, sur la terasse, le temps d'assimiler tout ça et de me sentir assez d'attaque pour aller mon premier repas depuis hier matin.
Je dois sûrement oublier des chose, mais le plus important y est. Ca m'a fait du bien d'écrire tout ça. Ca me permet de me relâcher, de me permettre d'y penser un moins, et surtout de passer à autre chose. Je suis fier de cette expérience, elle m'a fait affronter des peurs que je ne soupçonnais pas. Même si nous sommes forts, nous sommes loin d'être invincibles, et tout ceci remet un brin d'humilité dans mon coeur. Coeur qui s'est laissé soigné par l'ayahuasca. La plante a travaillé sur mes 2 chakras, le 3ème et le 4ème. (je vous invite à vous renseigner pour ceux que ça interesse).
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