06/08: Session d'ayahuasca

Publié le par Sébastien

J'ai passé l'après-midi à tenter de trouver un ensemble blanc en coton ou en lin. Le seul magasin qui en vendait a ouvert à 16h. La dame, très sympathique, m'a fait essayer tout un tas de pantalons et de chemises. Après avoir trouvé mon bonheur, elle m'a même fait un petit prix.
Je me suis rendu au centre à 18h, car je ne savais pas exactement à quel moment il fallait que je me présente. J'ai rencontré mon pote Miroslav, qui m'a proposé de participer à un atelier réservé aux patients. Cet atelier consiste en une mise en situation imaginaire. Ici, il fallait, à travers une bonne part de concentration, s'identifier à un arbre, un bosquet. L'animateur de l'atelier nous guidait pour faire vivre la scène. Cet exercice est très relaxant et permet en partie de se mêler aux autres. A la fin de cet atelier, nous nous sommes posés dehors tranquillement pour discuter. Nous en avons profité pour établir les règles de la cérémonie du soir.
Les principales règles sont:
> conserver son espace; ne pas toucher son voisin et ne pas faire de bruit (autres que les indispensables).
> ne pas sortir de la maloca sans avertir un chaman; il est en effet facile de rester sous les étoiles car on y est bien...
> lorsqu'on entre à nouveau dans la maloca, il faut attendre hors du cercle sacré, pour qu'un chaman nous purifie.
Ce sont à mes yeux les principales règles en vigueur. Je rajouterai qu'on ne peut pas fumer de mapacho. Ceci est en général autorisé dans les sessions, mais nous sommes ici en présence de personnes pour la plupart toxicomanes.

Avant la session, nous devons chacun notre tour prendre un bain de plantes. Il faut donc s'asperger tout le corps, ne pas se sécher et se rhabiller. Ensuite, tout le monde entre dans la maloca et s'assoit. Un seul reste pour faire le tour du lieu avec un pot de braises incandescentes sur lesquelles le chaman dépose de l'encens et autres herbes parfumées. Il fait ensuite le tour des participants afin que chacun attire la fumée vers lui pour s'en imprégner. Ce rituel est un rituel de protection.

Ce soir là, 2 chamans dirigent la session: Sacha et Jaime. Le premier est argentin, le second est péruvien. Ils sont réputés pour leur douceur. Au dessus d'eux se trouvent 2 tableaux chrétiens. Nous avons affaire ici à un rituel syncrétique, mêlant savoir autochtone et chrétienté. Les icaros aussi sont donc empreints de cette approche.
Les chamans font le tour de la pièce pour nous faire des sopladas et délimiter l'espace de chacun en jetant une pincée de sel (je crois que c'est du sel, mais rien de sûr). Il utilise ensuite de l'agua florida pour souffler aux quatre coins cardinaux. Enfin, il va prier et faire des sopladas pour laisser de la fumée dans la bouteille d'ayahuasca, la remuer, et faire une prière. Nous passons ensuite, chacun notre tour et dans l'ordre de sens, pour prendre notre tasse d'ayahuasca, ce liquide à l'amertume et à la force indescriptible. Chacun pense ses questionnements, ses orientations pour la session, dit "salud a todos" (tout le monde "salud para usted tambien"), boit le breuvage et retourne à sa place.
Une fois que tout le monde a bu, les icaros prennent place, et activent la médecine qui est en nous.

Je ne parlerai pas ici de mon expérience intime. Je dirai simplement que je n'ai pas eu de visions et que j'ai mis longtemps à sentir l'effet de l'ayahuasca. J'en ai pris 2 fois, comme la plupart, mais les visions n'étaient pas au rendez-vous. Je devais avoir un autre travail à faire durant cette session (c'est même sûr...!). Je n'ai pas vomi, contrairement à d'autres, que l'on peut entendre durant la nuit. J'ai trouvé cette session calme, et j'ai ressenti beaucoup d'émotions à défaut d'avoir des visions. Quand je dis beaucoup d'émotions, c'est que j'ai pleuré comme une madeleine pendant une bonne partie de la session. He oui, l'ayahuasca fait sortir des choses qui ne veulent pas faire surface le jour! En tout cas, je dois dire que ça m'a fait beaucoup de bien, je me sentais beaucoup plus léger par la suite...

Plus tard, les chamans entreprennent des soins individuels sur les personnes de leur choix. Sopladas, chants et autres gestes rituels lui sont dédiés. La personne en question va ensuite se rasseoir.
Encore plus tard dans la nuit, les chamans déterminent la fin de la cérémonie. Tout le monde doit s'asseoir correctement pour écouter le dernier chant de clôture et la prière. Chacun voit si il peut bouger tranquillement ou s'il est encore maréado (ivre). On choisit donc de se prélasser encore un peu dans la maloca ou de rentrer chez soi directement.
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Publié dans Les plantes et moi

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