La drogue et le sacré, des représentations chamaniques et modernes
Si, dans un premier temps, l’homme a cultivé des plantes pour se nourrir, dans un second temps, il a découvert les effets psychotropes de certaines d’entre elles. Ainsi sont nées les premières drogues et leur emploi s’est répandu à travers toute la planète.
Le degré d’acceptation de ces drogues varie pourtant d’une société à l’autre, de la déification dans les sociétés chamaniques à la diabolisation dans les sociétés modernes occidentales. Ces deux conceptions placent respectivement l’usager dans un comportement valorisé, en-normes, ou dans un comportement stigmatisé, hors-normes, sachant que dans les sociétés modernes le statut de l’usager connaît un double aspect selon qu’il emploie des drogues légales – médicaments – ou des drogues illégales – stupéfiants. Comment des conceptions aussi différentes ont-elles pu apparaître ?
Elles viendraient d’une part du type de substance employé et de la forme sous laquelle ladite substance se présente – plante naturelle, molécule chimique ou synthétique – et d’autre part de la place accordée au sacré par l’individu ou la société, le sacré régissant l’ordre du monde.
La comparaison systémique et systématique de ces deux types de société tend effectivement à montrer que l’ordre du monde, c’est-à-dire la place du sacré, conditionnerait les formes sous lesquelles les drogues sont employées et les représentations symboliques et sociales de ces drogues et de leurs usagers.
Pourquoi existe-t-il de telles différences de conceptions et de représentations de la drogue et du drogué entre les sociétés modernes et les sociétés dites chamaniques ? Pourquoi les sociétés modernes interdisent-elles certaines substances tandis qu’elles semblent en promouvoir d’autres ? Pourquoi une même drogue peut entraîner l’usager dans un comportement valorisant ou stigmatisant selon sa société ? D’où vient le phénomène de croisement des drogues et des pratiques qui y sont liées, puisque nous constatons un intérêt croissant des pratiques chamaniques et néo-chamaniques en France et une utilisation de substances modernes dans les sociétés à tendance traditionnelles ?
Je partirai de l’hypothèse que la place accordée au sacré détermine la place de la drogue et du drogué dans la société. Chaque société aurait une philosophie sacrale qui appuierait les normes et qui fixerait le statut des drogues et de leurs usagers.
Pour la réalisation de cette étude, il va être nécessaire de me rendre au Pérou pour étudier les utilisations chamaniques de la plante sacrée Ayahuasca. De plus, à Tarapoto, un centre de soin pour toxicomanes utilise cette plante pour couper les dépendances aux opiacés. La santé physique et mentale sera donc aussi au cœur de mon étude et en lien direct avec la notion de sacré.